Et pourtant, l'acidulé insiste, "je suis un primitif". Peut-être se venge-t-il d'avoir été négligé et prend-il un malin plaisir à vous provoquer par une parole à l'emporte-pièce ? Quelle que soit cette antienne, et l'intérêt que vous voudrez bien lui attribuer, elle mérite quelque commentaire. Une bille rouge, translucide et tremblante, qui vous nargue à la pointe de la langue, soit elle se dissimule, soit elle s'exhibe. Une guimauve fraise, qui sans cesse remet l'eau à la bouche. Le plaisir de sucer son coeur mou, mastiquer un ours brun, déglutir après le passage emporté d'un réglisse poivré. Le sucre acidulé remplace l'onctueuse bille au café, ou bien ce sera l'orgie de Tagada, de menthe fondante, d'anis mélangé à l'eucalyptus, toutes les compositions possibles et imaginables, les plus extravagantes, les plus exotiques, tout un peuple à goûter, dévorer, sucer, les doigts collants, les lèvres noires ou bleues, ou jaunes, le coeur apaisé.
Ces débordements ne furent pas là sur un coup de baguette magique, ils connurent les limbes, l'avant-goût en quelque sorte d'un bonbon avant le bonbon, une gestation énigmatique et secrète... ]